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  • Les Essences & Elles

La Bucket List

33 ans.


C’est l’âge à laquelle elle est partie, ma belle amie. J’avais peur de ce moment qui arriverait, inévitablement. Un grand vertige, je m’imagine difficilement le sien. Elle m’inspire en tout point, par son courage, sa résilience, son lâcher prise, son audace, sa générosité, son ouverture d’esprit et sur le monde, sa personnalité, sa grande beauté. Même dans son départ, elle a été Grande.


Bien sûr, les années et la distance nous ont séparé un peu de cette période d’enfance où nous avons tant partagé. Peu de mots peuvent exprimer la tristesse que j’ai eu et qui m’habite encore. Jamais auparavant je n’ai été foudroyé par autant d’émotions. Perdre une amie et côtoyer le cancer. Je l’appelle ma guerrière parce qu’elle s’est battue contre cet ennemi, pendant longtemps et jusqu’à la fin, la tête haute et le cœur rempli d’espoir. Elle aura vécu au rythme de la maladie pendant quelques années, mais intensément et avec une soif incomparable de vivre au maximum. Malgré les kilomètres qui nous séparaient, j’ai tout de même perdu une petite partie de moi lorsqu’elle nous a quitté.


Avec le recul, en lisant ses mots et en regardant la vie qu’elle a vécu, oui, j’ai perdu une amie, mais j’ai aussi gagné quelque chose. Amélie m’a appris une grande leçon; celle de profiter de la vie, d’y mordre, d’être moi, de rêver!


Elle me manque, certes, mais elle m’habite et me soulève. Depuis janvier, je la vois dans la lumière du soleil et dans les étoiles le soir. Je la sens dans tout ce qui est beau sur terre, je pense à elle et l’imagine réagir avec émerveillement aux bancs d’oiseaux qui passent, aux vagues qui frappent les rochers, aux paysages, à une bonne chanson, à un bon verre de vin...


Elle vivait peut-être avec l’épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais elle portait des lunettes roses devant ses yeux. Elle se tenait droite et se concentrait sur l’amour, qu’elle disait plus fort que tout, et sur une liste particulière. Sa bucket list.


Une bucket list, c’est tout ce qu’on veut faire dans notre vie. Elle agit comme un moteur qui permet de s’évader de la vie quotidienne et de vivre pleinement nos priorités et nos rêves. Parce qu’il n’y a rien de plus motivant et vivifiant qu’une liste de rêves à réaliser.


Tout récemment, son adorable mari a généreusement partagé avec moi quelques morceaux précieux de ses pensées. J’ai eu l’honneur de poser mes yeux dans un adorable petit carnet, dans lequel elle écrivait ses peurs, ses souhaits ainsi qu’une longue bucket list.


C’est à ce moment que j’ai réalisé que, contrairement à elle, je n’avais jamais écrit une liste du genre. Pourtant, des listes, Dieu sait que j’en écris à de multiples reprises quotidiennement; corriger, photocopier, écrire un courriel, aller à l’épicerie, faire le ménage, ranger les documents, lavage, etc. Comme un « wake-up call », j’ai compris que je me laissais bercer par le quotidien, sans voir au-delà, et qu’à mon tour, je devais porter des lunettes roses.

Comment est-ce que j’ai pu oublier de rêver? Est-ce que c’est parce que moi, je n’ai pas d’épée qui plane au-dessus de ma tête? Est-ce que je n’ai pas saisi l’important? Est-ce que je suis désillusionnée? Est-ce que c’est parce que j’ai tout ce qui me comble réellement?


Effectivement, j’ai tout ce dont j’ai besoin.


La santé, une famille unie et aimante, deux beaux enfants, un amoureux amoureusement amoureux (ok, j’exagère un brin ici, mais c’est drôle!), un métier stimulant... Mais vient avec cela une tonne de responsabilités. Comment faire pour sortir un peu de cette lourdeur des tâches et des platitudes de la routine imposée.


Amélie, l’avait trouvé la réponse; il suffit de rêver et d’y croire. Une bucket list, c’est pas obligé d’être de gros objectifs difficilement réalisables, c’est juste s’asseoir, rêver et coucher sur papier. C’est visualiser les beaux moments à venir en laissant le papier tout près, pour ne pas l’oublier et pour l’améliorer au fil du temps qui passe. C’est se permettre de croire que c’est possible, c’est se permettre d’affirmer qu’on le mérite. Après tout, à quoi sert la vie si on ne peut pas rêver?


Bientôt, j’aurai 33 ans, comme elle. J’ai envie de me faire une bucket list moi aussi. Je vais mettre ça dans le top de ma liste de listes des choses à faire! Prioriser ses rêves, y croire et essayer de les vivre pendant qu’on peut, parce qu’on le peut, nous.


Ma belle amie aura eu la chance de cocher certains objectifs de sa liste, pour le reste, elle a laissé ça entre les mains de ceux qui restent. Son cercle d’amies proches et son mari continueront de faire vivre sa bucket list, en son honneur.

K.B

Crédit photos : Alexandre Bertrand

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